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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 17:42

La veille au soir, je m’endors en pensant à lui. Petit homme de quelques mois. Même pas 6. Se souviendra-t-il de moi alors qu’on ne s’est pas vu depuis… la moitié de sa courte vie ? Quelles vont être ses réactions ? pleurs ? peurs ? sourires ? ou pire indifférence totale ? Vais-je rester seule avec lui ? Y aura-t-il sa grand-mère ? Peu importe pour le moment, il faut dormir.

 

Sur le chemin pour aller chez eux, je pense. Est-ce que cela veut vraiment dire que je suis ? J’en doute. Je pense beaucoup sans être… C’est juste un esprit qui vagabonde.

 

Je ne suis pas seule. Sa grand-mère et son grand-père sont là après le départ de ses parents. Même pour changer la couche. Je trouve cela rassurant. Ce bébé est facile, souriant, mignon. Après son déjeuner et le changement de couche, on décide de le coucher. Calé dans sa poussette, il se laisse bercer et s’endort souvent ainsi. Mes mains se posent sur le guidon. Mes pieds se dirigent vers le centre ville. Je suis seule, il ne bouge pas. La sucette l’empêche d’émettre un quelconque son. Et moi j’avance dans ces rues que je connais si bien. Et là, une pensée m’entoure et m’angoisse. Et si une personne me reconnaissait ? Si elle ne me parlait pas, juste reconnaissait mon visage. Alors… Elle croirait… Mais non, ce n’est pas mon bébé. Je vous assure ! Non, je ne l’ai pas volé, c’est le fils de mon frère. J’imagine ce sourire moqueur face à ma réaction excessive et paniquée.

 

Du lèche-vitrine avec un homme. D'habitude, c'est un calvaire. Mais, là, endormi dans sa poussette, il ne semble pas s’impatienter. Bijoux, bagues, colliers... un peu plus loin, jupe, robe, sandales… Mon esprit finit par se calmer. Personne. Personne ne m’a reconnu. Personne n’a pu penser une seconde que j’étais maman. La poussette prend le chemin du retour.

 

Et là sans prévenir. Alors que je ne m’y attends plus. Un scooter s’arrête, se gare, son chauffeur descend, enlève son casque. Et c’est lui. Lui qui sourit, surpris de me voir ici. Lui avec qui j’ai eu des histoires tumultueuses. Lui qui a marqué à vie mon cœur. Il est là, à un mètre de moi. Je suis tétanisée. Mes angoisses reprennent. Punaise, pourquoi la seule personne que je rencontre c’est lui ?

De suite, il me demande : « tu promènes le petit de … » Je réponds que c’est celui de mon frère et nous nous penchons pour regarder ses beaux yeux bleus. Cet écart ne dure que quelques instants. Nous nous retrouvons face à face à un mètre l’un de l’autre, à raconter des banalités.

- Toi, ca va ?

- Fatigué, j’ai fait une heure de conduite ce matin, boulot, ce midi et re-belote ce soir…

- Ben dis donc, sacrée journée… Tu as vu ta copine le week-end dernier ?! C’était sympa ?

- Mouais

 

Je ne sais plus quoi dire. Je lui conseille de se reposer et on se quitte dans un malaise perceptible. Je le regarde. Ses yeux, sa barbe mal rasée, ses cheveux que j’ai si souvent caressés… C’était il y a 10 ans. A la fois si loin et si proche. Je n’ose pas lui dire. Lui dire qu’en ce moment, je pense souvent à lui. Surtout à cette remarque cinglante, cette claque verbale qu’il avait balancé pour me remettre à ma place. « Si tu voulais vraiment, tu le ferais ! C’est très facile de se procurer un flingue ! » A cette époque, tout comme aujourd’hui, nous étions deux paumés qui ressentions que douleurs et désirs. Désirs sexuels et désirs morbides. A-t-il raison ? Est-il si facile de mourir ? Alors que cela parait si simple de donner la vie...

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