Présentation de la pièce sur le site du théâtre de Cavaillon :
New York, 1964. Un jeune homme, le Rouquin, le grand frère « génial » vient de se suicider, laissant ses proches dans le désarroi le plus total. Alors que sa famille interroge sa mémoire et essaie de combler le vide avec des mots, son spectre vient les hanter. Tableau d’une Amérique angoissée à la veille de la guerre du Vietnam, la pièce sonne tel un combat où chacun s’efforce de donner un sens à la violence inéluctable.
Je suis allée pour la première fois à la Scène nationale du théâtre de Cavaillon pour voir la pièce Sallinger, mise en scène par Catherine Marnas. Sur scène, on retrouve les comédiens de deux troupes : la compagnie Parnas et les comédiens du Théâtre National de Strasbourg.
Dès que le rideau se lève, on note que la mise en scène sera moderne et sobre. Peu d'accessoires sur scène. On est surtout marqué par cette passerelle qui forme deux espaces scéniques. Avec deux rideaux sous la passerelle, on passe d'une scène à l'autre. Les rideaux nous emportent à l'intérieur d'une maison ou au cimetière en quelques secondes. Catherine Marnas offre une mise en scène simple mais pleine de forces.
Dès que les comédiens se mettent à parler, j'ai été un peu surprise. L'écriture de Bernard-Marie Koltès est quelque peu inaccessible. Les phrases ne sont pas fluides. Leur construction accroche. Cela demande du temps pour saisir le sens des paroles de ces comédiens. Ce n'est pas dû à leur jeu mais aux mots de cet auteur français. J'avoue qu'au départ, je me suis posée la question si Koltès avait traduit (bizarrement) un texte initialement américain. Mais non, c'est le texte original de Koltès qui se situe dans cette Amérique qui se prépare à partir à la guerre du Vietnam.
Le "Rouquin", personnage adoré par sa famille, nous est parfois antipathique. Ce n'est pas vraiment un fantome, mais un donneur de leçon, un empêcheur de tourner en rond. Il se tue et même mort, reste un provocateur. On aimerait comprendre. On souhaiterait que l'auteur nous offre une explication de cet acte fatal. Mais comme sa famille et son entourage, nous restons frustrés.
Cette pièce n'est pas facile d'accès à cause d'une écriture étrange. Koltès appelle cette pièce "Sallinger" avec deux L, en référence à l'auteur JD Salinger avec un L. La pièce ne parle pas de l'auteur, mais aborde les mêmes thèmes que lui (les relations fraternelles, le passage à l'âge adulte...)
Cette pièce rappelle un peu l'ambiance des pièces de Tchekov où rires et larmes se mêlent. Ce théâtre est moderne ; l'écriture n'est pas facile d'accès. La mise en scène et les comédiens nous offrent un spectacle marquant.