"De retour chez moi ! Longue journée… Stress, yeux fatigués, mal au dos. Je pose mes sacs de course sur la table de la cuisine, puis mon manteau sur la patère et je m’affale sur le canapé. Mon premier réflexe a été d’allumer la télé. Ca ne reposera pas mes yeux mais au moins mon cerveau. Ma tête se vide petit à petit des contrariétés du boulot. Fini le chef, finis les collègues, finis les coups de fil… jusqu’à demain.
Les yeux et les oreilles commencent à s’ouvrir à l’émission passant sur le petit écran. C’est bête et abrutissant. Mon cerveau renonce à s’y intéresser. Mes idées divaguent. Il me revient sans cesse en tête. Je repense à tout ce que j’éprouve avec lui.
Son odeur me poursuit… La sensation sous mes doigts… Nos rendez-vous fréquents m’enivrent, me font tourner la tête. Il me fait fondre. Pourtant à chaque fois que je le vois, je me sens coupable. Coupable de craquer pour lui, coupable de ne pas arriver à résister. Quel mal il me fait ! Un mal indescriptible mêlé à un bonheur de le retrouver.
Je me lève du canapé pour aller le retrouver dans la cuisine. Son odeur est si particulière. Si forte. Je passe un certain temps à profiter de ce parfum. Ce morceau de lui dans ma main passe sous mon nez. Mes yeux se ferment et mon esprit divague. Ce morceau posé sur la table, je réfléchis. C’est à la fois beau et alléchant. Du bout des doigts, je caresse chaque carré. J’hésite…
Je m’assois face à lui. Je le regarde et essaie de me raisonner. La souffrance engendrée surpasse-t-elle le plaisir furtif ? Je passe mon index sur ma bouche. Délicatement. Ma bouche frissonne à son contact. Puis je le lèche. Mon bout de doigt se fait mordiller en patientant… Il faut que je me calme. Je sens le désir qui monte.
Je le quitte, retourne devant ma télé. J’essaie… J’essaie de ne pas profiter de lui. Mais l’envie est là. Elle commence à m’obséder, à me posséder. Concentration sur une nouvelle émission. Le journal télévisé. Parle-moi ! Bon, politique, économie… oh, comment ose-t-il ? Un reportage sur le salon du chocolat ! C’est cruel… Je me lève en colère. Direction la cuisine. Je saisis la tablette, la déballe… Un bruit de clé ! C’est le retour de mon homme. Je referme l’aluminium. Mes joues rougissent. Je me retourne et laisse les morceaux sur la table dans mon dos.
Je l’embrasse, je le serre dans mes bras. Il sourit et me demande si ça va. Il cherche à lire mon regard et savoir ce que signifie ma tête toute gênée. Je le serre dans mes bras. Sa tête sur mon épaule aperçoit le papier déballé. Il me regarde avec un sourire malicieux. « Alors ? » Sourire en coin. « J’ai pas encore craqué… » Il sent mon haleine pour vérifier et sourit. « C’est pas trop dur ? » Petite moue… Je hoche la tête et retourne m’affaler sur le canapé. Météo du lendemain.
Il pose sa veste et son sac. S’assoit à côté de moi et se blottit dans mes bras. Je caresse ses cheveux. Il me sourit. Seule la télé s’exprime. Mais une voix dans ma tête me rappelle à quel point j’en ai envie. « Qu’est ce que tu veux manger ce soir ? » Si je dîne, l’envie devrait diminuer. « C’est comme tu veux ! Je t’aide à préparer ? » D’un bond, je me lève. Retour dans la cuisine. Et, là il passe devant moi, cache la tablette dans le placard. Ca libère la table mais pas mes pensées. Je m’assois, épluche les légumes. Il met de l’huile à chauffer dans un poêle. Découpe des morceaux de poulet et d’oignons. Commence à poêler les ingrédients introduits petit à petit dans le plat. Ces odeurs du dîner m’ont quelque peu oublié mon envie de chocolat. Une nouvelle envie pointe son nez… Je l’embrasse tendrement la bouche, les joues, le cou.
Le plat est prêt, on va pouvoir passer à table. On se régale. Les assiettes vides, je le regarde, j’attends son approbation. Va-t-il m’aider à résister ? Il ne bouge pas, comme perdu dans ses pensées. « Ca a été, ta journée? » Sa bouche dessine un léger sourire. Fatigante ! Comme la mienne.
Je repense à ce placard à ma droite. Même si il n’est pas dans mon champ de vision, je le visualise. J’imagine chaque aliment dedans, leur place, leur quantité. J’en veux !
Son sourire s’élargit. Comme s’il lisait dans mes pensées. Il a ses habitudes et moi les miennes. Je prends en dessert un yaourt ou une compote. Et lui mange sa tablette. Il la dévore en entier. Il dit à chaque fois qu’il va m’aider à résister. Mais voir les barres entrer dans sa bouche… sentir son haleine prendre le parfum cacao… revigorent mon envie.
Je ne craquerai pas, je ne craquerai pas…
Mes yeux fixent les barres qui entrent dans sa bouche. Je m’approche. Il sourit et cache la tablette derrière son dos.
Je ne craquerai pas, je ne craquerai pas…
Je me colle à mon homme. Et pour éviter de craquer, tout en craquant un peu, je l’embrasse tendrement. Ce bisou a le goût du chocolat qu’il vient de manger. Tous mes sens sont en éveil. Ca me donne des frissons.
J’ai pas craqué ! Pas vraiment…
Mais c’est tellement bon. J’adore ce mélange de sensations. Sentir sa bouche, sa langue… ce goût de chocolat qui se rajoute dessus. C’est excitant. Si excitant que mon envie de chocolat vient d’être supplanté. Par un nouveau désir, celui pour mon amant."