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Cela a commencé par une simple petite douleur, une fatigue. Comme une pointe. Comme des picotements. Début mai 2011. C'était si peu, si ponctuel que je pensais que ça allait passer. Sans grand souci, je suis partie en vacances en Irlande avec mon chéri. Je l'avais informé que mon sein droit était parfois douloureux. Mais nous n'y avons pas prêté plus d'attention. Nous avons tout simplement profité du voyage, à deux. De retour, j'ai repris le boulot, le sport, le train-train quotidien. Puis, lors d'une séance de badminton, j'évoque avec une amie cette petite boule que je sens dans le sein. J'ai choisi spécifiquement elle, parce qu'elle avait déjà mentionné la présence de fibromes dans sa poitrine, qu'elle faisait surveiller. Notre entretien m'a remué. Elle m'a rassuré, sans pour autant mâcher ses mots. Différentes hypothèses : fibromes, kystes, masse graisseuse... C'est ainsi que sur ses conseils, j'appelle pour prendre rendez-vous avec ma gynécologue. Tout du moins, j'ai essayé... La seule date qu'on me propose était dans plus d'un mois, le 5 juillet. J'ai dit que c'était urgent. La secrétaire m'a répondu qu'aucune autre date n'était disponible. J'ai tout de même confirmé le rendez-vous.

Deux jours plus tard, j'étais dans le cabinet de mon médecin traitant. Il a tâté, m'a posé des questions, m'a rassuré et prescrit des examens complémentaires. Le processus était lancé. Une première partie en tout cas. Prise de sang. Mammographie suivi d'une échographie. La prise de sang n'a rien détecté. Quand j'ai voulu récupérer les autres résultats, la secrétaire m'a informé qu'il allaient être soumis au médecin spécialiste des seins qui ne rentrait que dans 6 jours. Une mesure de précaution, me précise-t-on. Le 9 juin, je reçois l'appel du médecin spécialiste. Pendant l'appel, je ne parle presque pas. J'écoute attentivement. Elle tente de rassurer au maximum. A peine quelques minutes après avoir raccroché, je fonds en larmes. Elle m'a expliqué la nécessité d'une biopsie pour analyse. Elle suppose que ce sont des cellules qui ont mal cicatrisé et qui ont formé une mastose suite à ma réduction mammaire de 2007. Chaque mot prononcé représentait une épreuve. Le prélèvement me faisait peur. Une grosse aiguille dans mon sein. Ce n'est pas rien. Mais le plus difficile c'est le sentiment de responsabilité. Je pensais à la sœur d'une collègue qui avait un cancer. Je me disais que dans mon cas j'étais la seule fautive. Je m'étais mise dans cette situation pour des raisons esthétiques. Sortir de son bureau après cet échange téléphonique n'a pas été évident. Je me suis réfugié dans les toilettes pour pleurer. Une collège m'a entendu et m'a serré dans ses bras pour calmer ma crise de larmes. J'ai essayé de prendre une grande respiration avant d'aller dire à ma chef de décaler notre réunion de 11h, histoire que je retrouve mes esprits. Assise dans son bureau, on a papoté pour dédramatiser. N'ayant pas encore fait le prélèvement, aucun diagnostic n'est établi. Aucune raison de s'inquiéter, ni de culpabiliser. Pendant le week-end, j'ai raconté cette matinée de travail à ma mère. Elle n'a pas été étonnée de ma réaction, disant que je dramatisais tout.

Le 23 juin, jour de la biopsie. C'était prévu un jeudi soir. C'était aussi prévu que je passerai la dernière de la journée du docteur. C'était prévu qu'il y aurait de l'attente. En passant chez moi, j'ai pris un tout petit livre intitulé "l'homme qui voulait être heureux" écrit par Laurent Gounelle. Rendez-vous à 17h45. J'ai commencé à lire. C'était l'histoire d'un homme en vacances à Bali qui fait la rencontre d'un chaman. Il fait ainsi avec lui un point sur sa vie. Il arrive avec des exercices pour changer sa façon de voir la vie. Il quitte les carcans, les obligations que la vie en société occidentale moderne engendre. Il s'ouvre l'esprit et se sent libre de tous ses choix. Ecrit sous forme de roman, ce livre donnait accès à la philosophie de vie orientale. J'ai dévoré les pages pendant des heures dans cette salle d'attente. Le docteur m'a finalement appelé 40 pages avant la fin, il était 20h15. Heureusement que le livre m'a emmené à Bali. 2h30 d'attente peuvent être une éternité. Sauf avec un livre qu' on regrette de ne pas pouvoir finir... Le médecin s'est excusé platement. J'ai minimisé. Elle, surtout, avait travaillé en heures supplémentaires et était crevée. J'ai enlevé Tee-shirt et soutien-gorge. Elle a regardé la boule à l'échographie, a fait une anesthésie locale. Là il a fallu s'installer de façon précise et confortable car je ne devais plus bouger. Elle m'a prévenu du bruit sec, demandé d'être le plus immobile possible. J'ai posé une main sur le mur à ma gauche et je me suis concentrée sur le mur. Schlack ! Le bruit m'a fait penser à une agrafeuse. Difficile de rester complètement immobile. Mais j'ai plutôt bien réussi au troisième prélèvement. Le médecin pour se consoler de cette fin de journée a ouvert une boîte de chocolats. On a partagé un praliné, avec délectation. Mon sein était endolori, recouvert de strepsils et de pansements. Je devais tout garder jusqu'à mardi et attendre les résultats pendant une dizaine de jours. Je ne devais pas rentrer seule. Ma collègue est venue faire le trajet à pieds à mes côtés. Nous avons dîné sur le balcon, une salade toute simple. Cela m'a fait du bien de passer la soirée avec elle et sa fille. On a parlé d'autres choses.

Depuis quelques semaines j'avais une nouvelle mission au travail, la coordination d'un nouveau logiciel. Je prenais la suite d'une collègue qui quittait le service. Et il était prévu que le dernier week-end de juin, je parte assister à Barcelone à trois jours de conférence. La veille du départ, je n'avais aucune envie de faire le voyage. Pour diverses raisons. C'était précipité. Pas le temps de m'organiser. Les hôtels étaient complets. Les billets d'avion hors de prix. La motivation n'était pas là. Ma chef m'a fait comprendre que ce n'était pas obligatoire. Je me suis convaincue que je ne pouvais refuser sans raison. Et mes raisons, mes angoisses ne semblaient pas valables. Alors j'ai continué les préparatifs. La veille du départ, au moment de remplir la valise, la panique m'a envahi. Elle a duré jusqu'à ce que je pose le pied sur le sol espagnol. Que choisir comme vêtements ? Est-ce que je prends un maillot de bain ? Une robe ? des jupes ? Combien de paires de chaussures ? Comme souvent quand je panique, je prends mon téléphone et j'appelle mon chéri. Il réussit toujours à trouver les mots justes pour me calmer. La valise n'a pu être bouclée que le lendemain matin. Matinée au boulot. La biopsie datait de six jours. Je m'agitais dans tous les sens. Stress. Et quelques minutes avant de partir, crise de larmes devant mes collègues et amies. Elles ont tout fait pour me calmer et me rassurer. J'ai pris le bus pour aller gare centre, puis le train jusqu'à l'aéroport. Dans le train comme dans l'avion, les larmes n'ont cessé de couler. Sans répit. J'essayai juste de faire bonne figure quand une inconnue m'adressa la parole dans l'avion. Ma voisine a tenté d'avoir une conversation alors que je ne souhaitais qu'une chose qu'on me laisse tranquille. A la descente de l'avion, je pensais prendre un train pour rejoindre le centre de Barcelone. Je ne comprends pas un mot d'espagnol. En suivant des passagers, j'ai trouvé une navette. Un bon moyen pour commencer à profiter de la ville. J'ai trouvé assez facilement l'auberge de jeunesse. Par contre, ils n'acceptaient que l'argent liquide. Je suis ressortie pour chercher de l'argent. A ce moment une collègue m'a appelé pour vérifier si tout allait bien. Toutes mes angoisses étaient liées au fait que le docteur avait dit d'enlever les pansements ce premier soir à Barcelone. La veille du départ j'avais enlevé le pansement et conservé les strepsils qui recouvraient le trou fait par l'aiguille. Et je n'arrêtai pas de me dire que s'il m'arrivait quoi que ce soit en Espagne, je ne savais absolument rien de leur langue. Je ne pourrai m'exprimer qu'en anglais ou en français. J'imaginais du sang qui perle alors que je dors dans le dortoir des filles de l'auberge de jeunesse. Cela me paniquait encore plus. Etrangement à mon arrivée en Espagne, je n'ai plus pensé à tout cela. Mon esprit est devenu vide. Mon corps ne ressentait plus rien, à part la chaleur. Les trois jours de conférence se sont passés comme je l'avais prévu. J'ai été polie, sérieuse mais surtout réservée et ennuyée. J'ai toutefois sympathisé avec des collègues d'autres universités. Le vendredi soir, nous avons visité à quatre la Sagrada Familia. Une construction des plus originales. Une œuvre de Gaudi, encore et toujours en chantier. Une église hors du commun avec des inspirations de la Bible et de la Nature. Nous y sommes restées plus d'une heure. Cela m'a pris tout ce temps pour apprécier. Au départ, j'étais tellement décontenancée que je n'avais pas d'avis. Puis j'ai appris à aimer. Je regardais le plafond et j'avais l'impression d'être dans une forêt. Nous avons pris un ascenseur pour monter dans une tour de l'église. La vue était superbe. Ma jupe se soulevait par la brise. Nous avons pris l'escalier pour redescendre. A la fin, il y avait peu de lumières, le vide sur la droite et la tête tournait. Je faisais des pauses pour reprendre mon souffle, J'ai vraiment beaucoup aimé cette visite. Ensuite, nous avons fait une ballade dans la ville. Et dîné dans un restaurant argentin. Au moment du choix des vins, le serveur nous a présenté deux bouteilles dont une avec le nom de mon chéri écrit en gros sur l'étiquette. J'étais aux anges. Il était avec moi, pour son anniversaire. Je lui ai envoyé un sms et j'ai gardé la bouteille que j'ai ramenée en France. Le repas avec ces collègues était assez sympathique. Mais je m'étais déjà trop socialisée. Je n'avais plus envie d'une chose, être seule. Le samedi, je partis à pied de l'auberge de jeunesse. Direction le centre-ville. Sur le chemin, je me suis acheté une boisson et des biscuits en guise de petit déjeuner. Je profitais au maximum des bancs pour reprendre de l'énergie. Le centre-ville de Barcelone est très agréable. Des grandes rues. Des constructions. Des petites rues. Des soldes. Des tapas. En fin de journée, je pris mon courage à deux mains et le métro en direction du parc Güell. Il est situé en hauteur, ce qui offre une vue imprenable sur Barcelone. Le dîner fut une paëlla dans un bouiboui du quartier. Le lendemain, aéroport, avion, navette et train, direction Avignon. Ma mère est venue me chercher à la gare centre. On a passé la journée ensemble, mais je suis rentrée dormir chez moi. Par commodité. Plus simple pour le lendemain.

Lundi 4 juillet. Rendez-vous à 9h. Résultats de la biopsie. Je n'ai pas attendu. On m'a appelé assez rapidement. Une troisième personne devant moi. Tête inconnue. Le médecin me fait assoir là où la biopsie avait eu lieu. Elle était assez jeune. Et n'était pas souriante. Elle a posé sa main sur ma cuisse gauche. Elle m'a annoncé que les résultats n'étaient pas bons. Une tumeur cancéreuse. J'avais les larmes aux yeux et le sourire aux lèvres. Elle m'a donné un flot d'informations sur la suite des événements. Opération et rayons. Je lui ai dit que l'opération ne me réjouissait pas des masses. Encore des drains, des pansements et des douleurs. Elle fit une nouvelle échographie pour mesurer la tumeur. Sur le chemin du travail, je flottais sans trop me rendre compte. Je passe la porte du service. Dès mon arrivée, je tombe sur ma chef dans le hall qui me demande coup sur coup. Comment s'est passé Barcelone ? Tu as eu tes résultats de biopsie ? Et là je lâche le mot de tumeur. Je vois deux collègues sortir de leur bureau. Ma chef me demande ce qui va se passer par la suite. Et là je répète ce que je venais d'entendre. Je sens de leur part de la compassion, de la pitié. Toute la journée, j'ai gardé ce sourire aux lèvres que j'avais eu le matin. Même si de temps en temps quelques larmes coulaient. Comme tous les autres matins, nous avons fait notre pause café. J'ai parlé de Barcelone, des conférences, de l'avion, de l'auberge de jeunesse. De tout sauf de la tumeur. Cela devait être aussi ma pause. Je suis retournée dans mon bureau travailler. Puis vers midi, j'ai pris mon courage à deux mains et j'ai décroché mon téléphone.

« - Allo ? Maman ?

- oui, ma poule, ça va ?

- J'ai eu les résultats de la biopsie

- Ah oui... c'est vrai... Alors ?

- Les nouvelles ne sont pas bonnes. C'est une tumeur. J'ai un cancer du sein. »

J'ai continué à lui expliquer tout ce qui m'attendait pour juillet et les mois à venir. Elle ne parlait plus. Juste des petits sons. Mmmhmm. Ah. Au bout d'un petit moment, j'ai senti qu'elle allait craquer. Elle m'a juste dit qu'elle me rappellerait plus tard avec des sanglots dans la voix. Sur le coup, j'ai eu un sentiment mêlé de gêne et d'espoir. Gênée de lui avoir lâché cette bombe alors qu'elle est sur son lieu de travail. Rassurée de savoir que son chef est aussi un ami compréhensif. J'ai su plus tard qu'elle avait tout de suite appelé mon frère aîné. Ce qui lui fit beaucoup de bien. Il a eu une attitude très positive.. Ce midi, je suis restée sur mon lieu de travail, pour déjeuner avec mes collègues. Comme souvent, l'ambiance était sympathique et légère. Retour à mon travail dans mon bureau dans l'après-midi. Ma mère m'a rappelé pour me donner rendez-vous à la sortie du boulot, pour aller faire les boutiques. J'avais un livre à envoyer par la poste donc ça tombait bien de se retrouver la-bas. A la fin du boulot, je suis passée chez moi pour récupérer le livre, l'emballer et noter l'adresse. Ma colocataire s'est souvenue que j'avais mes résultats aujourd'hui. Assise sur le canapé, elle m'a demandé quels étaient les résultats de mon examen. Et j'ai lancé le mot « tumeur ». Elle a eu un choc. Elle a remarqué la sonorité, la ressemblance avec « tu meurs ». Quand elle m'a fait entendre ces mots, j'ai souri. Sans rien ajouter mais en sachant que vu la taille de la tumeur 16mm, il n'y avait rien de mortel là-dedans. J'ai quitté l'appartement pour retrouver ma mère. Nous nous sommes serrées dans les bras sans rien dire. Elle avait le visage tendu et crispé. Je suis passée à la poste, au cordonnier et au pressing. Ensuite, nous nous sommes un peu baladées. Sans envie d'acheter quoi que ce soit. Par hasard, j'ai croisé Marie-Laure et Nora, place de l'horloge. Encore la même question. Marie-Laure m'a demandé pour les résultats. Avec un grand sourire, j'ai annoncé une tumeur. Nora a pris la main de Marie-Laure et l'a serré très fort. Elle m'a emprunté mon portable car elle cherchait son chéri avec son bébé. Tous, nous les avons rejoints. A ce moment-là, nous voyons Carine et je lui parle de la tumeur. Elle ne réagit pas comme les autres. Elle était convaincue que c'était bénin. Une tumeur n'est pas forcément cancéreuse. Elle a compris qu'il s'agissait d'un cancer quand j'ai décrit l'opération, la chimiothérapie, la radiothérapie. Les garçons n'ont rien dit. Je ne suis pas restée longtemps. Mon téléphone sonna et je m'échappai du groupe. Je n'avais pas encore parlé à mon chéri, je lui avais seulement laissé un message sur son répondeur. Un message laconique où je demandai simplement qu'il me rappelle. Je n'y suis pas allée par quatre chemins. Tumeur, cancer, opération, chimiothérapie et rayons. Il a dit des gros mots, comme mon père quand je l'ai appelé le soir. Que dire de toutes façons ? Il a senti que mon moral n'était pas si mal. Mais lui cela lui a mis un sacré coup. Nous sommes rentrées à mon appartement, puis ma mère est rentrée chez elle. Ce premier soir, j'ai appelé mes deux frères et mon père. Mes hommes. J'ai bien sûr rappelé deux fois mon chéri pour essayer de lui donner un maximum d'informations. Le soir, ma colocataire et moi avons regardé un film avec Patrick Dewaere.

Le lendemain, j'avais mon rendez-vous avec ma gynécologue. Elle a eu le même choc. Elle n'a pas fait d'examen gynécologique, seulement un examen de mes deux seins. Elle a bien senti la petite boule dans le sein droit. Elle a eu le geste qui déclencha la suite des événements. Elle a décroché son téléphone et m'a pris un rendez-vous pour jeudi, deux jours après, avec le chirurgien. Elle a un peu râlé de ne pas avoir reçu une copie des résultats de la biopsie. Elle m'a parlé de la suite : opération, chimiothérapie. Elle m'a donné l’occasion de poser des questions. Mais bizarrement ma seule question a concerné l'allaitement. Elle m'a répondu par la négative. L'allaitement ne sera pas possible, mais la grossesse oui. Elle m'a raconté le cas d'une patiente qui venait d'accoucher cette année, cinq ans après son cancer du sein. Elle m'a rassuré et a insisté sur le bienfait de garder le moral pour lutter contre la maladie et m'a dit de revenir la voir septembre. Retour au boulot. Le soir, les copines se sont retrouvées pour un barbecue chez Marie-Laure pour l'anniversaire de Marie qui était enceinte de son premier fils. Marie-Laure et Carine le savaient déjà et elles me poussaient à dire la nouvelle. Mais je n'avais pas envie de plomber l'ambiance. Après plusieurs clins d'oeil et coups de coude, une copine a fini par poser la question. Et me voici encore une fois à expliquer mon planning des prochains mois. Le plus difficile fut de voir la tête de Cécile, choquée. Une tête défaite et attristée. J'ai tout de suite réagi pour qu'elle voit mon sourire et qu'elle ne soit pas déprimée par cette nouvelle. J'avais besoin qu'elle ait une attitude positive, elle aussi. Il a fallu répéter que ma vie n'était pas en jeu. Mais Marie comme Carine la veille a pensé que c'était une tumeur bénigne et j'ai confirmé le cancer. Ce sont les prochains mois qui vont être bouleversés. Après cet apéritif plombant, le repas est allé bon train sur la grossesse de Marie. Le bébé est d'ailleurs arrivé 10 jours après. En rentrant chez moi le soir, je me suis dit que pendant mes copines faisaient des bébés, moi, j'avais une maladie de vieille.

Enfin une journée sans événement : mercredi.

Jeudi, premier contact avec le chirurgien en fin de journée. Ma mère m'a accompagné mais est restée dans la salle d'attente pendant mon entretien avec le médecin. Je l'ai trouvé sympathique. Il m'a tout de suite tutoyé et me répétait que j'étais un bébé, si jeune. Il a décidé de la date de l'opération. M'a donné une liste d'examens. Alors que je me dirigeai vers sa secrétaire pour la paperasse, j'ai appelé ma mère. Dès que le chirurgien l'a vu, il l'a fait entrer dans son bureau avec moi. Il a redit le déroulé. Elle a tilté sur le mot chimiothérapie. Il a insisté sur mon jeune âge et la nécessité que je sois encore là à sa retraite. Il lui a souri, l'a rassuré.. Elle m'a accompagné voir la secrétaire et nous avons fait notre possible pour bien tout comprendre. Nous avions deux semaines pour faire un scanner thorax-abdomen-bassin, une scintigraphie osseuse et le rendez-vous avec l'anesthésiste. Finalement entre le travail et les rendez-vous, je n'ai pas réfléchi à tout ce qui se passait. Pas le temps de déprimer. Ma mère a été très présente en m'accompagnant à tous les rendez-vous. Aucune mauvaise nouvelle. Le cancer était très localisé. Rien ailleurs. Je l'ai annoncé à de nombreuses personnes.

La semaine s'est écoulée ainsi, du lundi où j'ai appris la nouvelle au dimanche où je l'annonçais à mes grand-mères. Quand j'ai pris le temps d'être un peu seule, certaines pensées assez choquantes me sont venues. Tout d'abord, j'aurai longtemps prié que cela m'arrive. J'avais demandé à Dieu de me faire mourir et de me donner un cancer pour que mes proches ne s'accusent personne et ne culpabilisent pas. Mais voilà... mon cancer n'est pas mortel. Loin de là. Une tumeur de 16 mm ne peut pas me tuer. Alors il faudra faire avec. Être fataliste. Prendre cela comme une épreuve de la vie. La seule personne avec qui j'ai réussi à évoquer ces pensées fut mon chéri. Même de façon surprenante et intelligente. Nous avons parlé de la mort, de la guérison et de moi. Il eut l'air rassuré que je lui dise que je n'allais pas mourir, que j'allais me soigner. Je ne pensais pas qu'il était nécessaire que ces choses-là soient dites. Peut-être est-ce dû à la distance qui nous sépare. Au fait que les seules informations médicales qu'il peut avoir viennent de ma part. Mais vraiment m'entendre lui dire que j'allais guérir fut une étape importante. Une étape à franchir pour aller de l'avant.

L'année précédente, lors d'une sortie au restaurant, Carine a raconté qu'une femme n'avait pas soigné une tumeur et que son sein avait pourri. Sans que la mort ne survienne. Le cancer est une drôle de maladie. J'ai repensé à ces mots et aux images qui m'étaient apparues. Oui, je déteste mon corps mais jamais je ne laisserai une tumeur pourrir ma poitrine. Jamais. Cela, par contre, je n'en ai jamais parlé à mon chéri. J'ai préféré parler de l'avenir, même si c'était du court terme. Et se profilait à l'horizon une opération. Avant cette opération, je continuai à travailler et je devais faire les examens.

Je me suis accordé un break dans toute cette agitation. J'ai passé un week-end chez ma grand-mère à la Grande-Motte, le week-end du 15 juillet. Le 14 juillet, j'ai dîné en famille. Mais le feu d'artifice n'a pas été tiré à cause du Mistral. Ces petits moments en famille sont dans ma mémoire souvent liés à de grandes fatigues. La tumeur me prenait mon énergie. Du coup, j'ai très peu profité de ces deux jours au bord de la mer. Je me suis surtout reposée. Les jours de juillet sont passés assez vite. L'opération approchait à grand pas. Elle était prévue pour le 20 juillet, un mercredi. Le lundi 18, j'étais à l'hôpital pour la scintigraphie osseuse et le mardi, je bouclais mes dossiers de boulot. A la pause de midi, mes collègues m'ont offert la saison 1 de Mad Men en DVD. Un cadeau pour que je me repose à la sortie de la clinique. J'ai été touchée. Le soir en sortant du bureau, ma chef prévoyait tellement mon absence à la rentrée que j'avais la sensation désagréable que je n'allais plus revenir. En marchant vers l'appartement, le hasard me fait rencontrer ma colocataire avec ses amis à une terrasse de café. Nous échangeons quelques mots et je sens des larmes arriver. Je fais les quelques pas qui me séparent de mon logement et je craque arrivée chez moi. Je pleure tout en préparant mes affaires pour la clinique. Je pleure angoissée par cette opération. Je pleure parce que je ne me l'étais pas permis depuis le diagnostic. Ce soir-là, je retrouve ma mère et ma tante chez mon frère. Nous devions dîner chez ma mère en compagnie d'un de ses amis qui pourra répondre aux questions sur l'arrêt maladie longue durée. Chez mon frère, j'ai aussi craqué. C'était impressionnant cette opération. J'avais une de ces peurs ! Le soir, j'ai fait bonne figure. Nous avons dîné une soupe au pistou. Un régal. Autant en profiter, je ne savais pas quand serait mon prochain repas. Michel, l'ami de ma mère fut de charmante compagnie. Il ne resta pas très tard car il était un lève-tôt. J'ai regardé quelques minutes la télévision après avoir pris ma douche à la bétadine. J'étais rassurée sur un point, la présence de ma tante. Elle avait un effet bénéfique sur ma mère. Elle l'apaisait. Elle repartait le jeudi. Mais la semaine passée à Avignon a permis à ma mère de se sentir moins seule. J'évitais ainsi de jouer le rôle de la copine rassurante auprès d'une mère angoissée.

Voilà le grand jour. Le Mercredi. Direction l'hôpital. Je dois commencer par une scintigraphie de ganglion sentinelle. En gros, ils font les repérages pour le chirurgien. Dès que tout est noté et dessiné sur moi, direction la clinique.

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